Témoignage
Du coaching à l’entrepreneuriat, sans raccourci.

Jessica Vetter : l'entrepreneuse derrière l'athlète

15/12/25
Ça c'est Jessica, fan de Taylor Swift et experte en Crazy Signs
Son parcours traverse le fitness, le CrossFit, la compétition, la gestion de salle, l’entreprenariat, le digital, les réseaux. Non pas comme une succession de réussites ou d’échecs, mais comme une série de choix assumés, de désillusions intégrées et de repositionnements lucides. On parle évidement de Jessica Vetter. Découvrez ces apprentissages à travers son parcours et pourquoi, aujourd’hui, elle entreprend autrement.
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Apprendre à encadrer avant de vouloir diriger

Quand on regarde aujourd’hui le parcours de Jessica Vetter, on pourrait être tenté d’y voir une trajectoire “logique” : sportive devenue coach, coach devenue entrepreneure, entrepreneure devenue figure reconnue. Ce serait une lecture confortable. Et fausse.

Ce qui structure son chemin, ce n’est pas une ambition précoce ni une vision business anticipée. C’est une relation très ancienne — presque instinctive — à l’encadrement des autres. Bien avant de parler de performance, de méthodologie ou de rentabilité, Jessica apprend à guider. À tenir un cadre. À faire progresser sans flatter.

« J’avais déjà cette fenêtre de l’enseignement, tout ce qui va être pédagogie, encadrement. »

La gymnastique joue ici un rôle fondateur. Non pas comme palmarès, mais comme culture. Une culture de l’exigence, de la répétition, du détail, où le corps ne triche pas et où le progrès ne se négocie pas. Très jeune, elle se retrouve à entraîner, à observer des enfants puis des adolescents, à comprendre que transmettre n’a rien de spontané. Il faut structurer, corriger, répéter, parfois frustrer, souvent rassurer. La pédagogie y est directe, parfois rude, mais elle forge une chose essentielle : le respect du cadre.

Ce socle-là, on le retrouve partout ensuite, même quand le décor change radicalement.

Quand Jessica arrive dans le fitness, ce n’est pas portée par une vocation claire. Le coaching ne s’impose pas comme un rêve d’adolescente. Il surgit plus tard, presque par surprise, au Club Med, dans un environnement qui mélange spectacle, animation et exigence opérationnelle. Elle n’est pas coach au départ. Elle observe. Elle accepte une formation sans vraiment se projeter. Et découvre, presque malgré elle, que guider des groupes, créer une dynamique collective, lire l’énergie d’une salle, lui est profondément naturel.

« Et ça a été une révélation. »

Le fitness de cette époque est loin des débats actuels sur la performance ou la data. On y parle d’expérience avant de parler de résultats. D’adhérents avant de parler de clients. Jessica y apprend quelque chose que beaucoup de coachs techniques apprendront trop tard : une séance n’est jamais qu’un prétexte. Ce qui compte, c’est ce que la personne ressent en sortant. La confiance. La considération. L’envie de revenir.

À Paris, cette phase s’intensifie. Le rythme est élevé, parfois excessif. Elle travaille beaucoup, tout le temps. Les journées s’enchaînent, les week-ends disparaissent dans les formations. Si elle ne travaille pas, elle apprend. Non pas pour accumuler des diplômes, mais pour comprendre. Les gens. Les réactions. Les leviers d’engagement. Les limites aussi.

Il n’y a encore aucune réflexion entrepreneuriale à ce stade. Pas de plan. Pas de projection. Juste une immersion totale dans le terrain. Mais c’est précisément là que se construit quelque chose de décisif pour la suite : une lecture fine de l’humain dans un cadre sportif. Ce qui motive réellement. Ce qui décourage. Ce qui fait qu’une salle se remplit… ou se vide, indépendamment de la qualité théorique du coaching.

Pour un owner, cette phase est souvent sous-estimée, voire romantisée après coup. On parle volontiers de “passion”, de “débuts”, de “terrain formateur”. Mais ce que montre le parcours de Jessica, c’est autre chose : sans cette immersion longue, parfois ingrate, dans l’encadrement pur, aucune suite n’aurait été possible. Ni dans le CrossFit. Ni dans la gestion de salle. Ni dans l’entrepreneuriat.

Avant de diriger, elle a appris à tenir un cadre. Avant de structurer un business, elle a appris à structurer des individus. Et c’est peut-être là que se joue la différence la plus profonde entre ceux qui durent… et ceux qui brûlent trop vite.

Entrer dans le CrossFit sans les codes, et construire sa légitimité

L’entrée de Jessica Vetter dans le CrossFit ne ressemble en rien à un appel évident ou à une reconversion naturelle. Elle n’arrive pas portée par une ambition compétitive, ni par une fascination immédiate pour la méthodologie. Elle arrive par un enchaînement de circonstances, presque par la bande, à un moment où elle cherche surtout à travailler, à rester active, à continuer d’apprendre.

« Moi, à ce moment-là, je ne suis pas du tout inspirée par le CrossFit. »

À ce stade, le CrossFit français est encore jeune, très codifié, fortement marqué par une culture de la performance et de la technicité. Les profils dominants sont masculins, les repères clairs, les rôles déjà distribués. Jessica arrive avec un ADN qui détonne. Elle vient du fitness. Elle vient de l’animation. Elle vient d’un univers où l’énergie, la musique et la relation comptent autant que le geste. Autant dire qu’elle n’entre dans aucune case existante.

« J’arrive avec beaucoup de couleurs, beaucoup de mouvements, beaucoup de musique et je criais. »

La réaction est immédiate : méfiance, parfois rejet. Sa légitimité est questionnée avant même qu’elle ait pu l’exercer. Dans l’esprit de beaucoup, elle reste une “animatrice”, pas une coach CrossFit. Et dans ce milieu-là, l’étiquette colle vite.

Plutôt que de forcer, elle fait un choix rarement mis en avant : elle observe. Longtemps. Elle assiste. Elle pratique. Elle accepte de rester en retrait, pour comprendre les codes de l’intérieur. Non pas ceux que l’on affiche, mais ceux qui régissent réellement la crédibilité dans une box : la maîtrise du mouvement, la capacité à corriger, la cohérence entre ce que l’on enseigne et ce que l’on incarne.

« Je vais passer quasiment un an à pratiquer, à observer, à être assistante. »

Quand elle commence à coacher, la résistance persiste. Elle le reconnaît sans détour : elle n’est pas immédiatement appréciée. Parce qu’elle doit faire sa place. Parce qu’elle ne correspond pas à l’image attendue. Parce que sa présence bouscule un équilibre implicite. Mais aussi, et elle l’admet avec lucidité, parce que sa pratique personnelle ne reflète pas encore pleinement ce qu’elle enseigne.

« Pour faire ma place, il a fallu que je pratique. Il a fallu que je sois crédible auprès des adhérents. »

La réponse n’est ni la confrontation frontale, ni la victimisation. C’est le travail. Encore. Beaucoup. Sur le terrain, mais aussi sur le papier. Elle étudie, elle s’entraîne, elle répète. Elle échoue à certaines formations, notamment aux examens théoriques. Elle recommence. Sans honte. Parce que l’enjeu n’est pas l’image, mais la compétence.

Progressivement, quelque chose se renverse. À force de pratique, sa crédibilité cesse d’être un sujet. Non parce qu’elle s’impose, mais parce qu’elle devient évidente. Elle n’enseigne plus “malgré” son parcours. Elle enseigne grâce à ce qu’elle a accumulé.

C’est dans ce contexte que la compétition entre en jeu. Non comme un objectif initial, mais comme une conséquence presque logique. Dans un environnement où la légitimité passe aussi par la performance, devenir athlète est une manière de fermer certaines discussions. Pas par ego, mais par nécessité.

« Vu que j’avais tellement galéré pour faire ma place, mon âme de compétitrice s’est révélée. »

Pour un owner ou un coach, cette période dit quelque chose de fondamental : la légitimité n’est pas une posture, ni un titre, ni un feed Instagram. Elle se construit dans le temps, souvent dans l’inconfort, parfois dans l’injustice ressentie. Et elle ne dépend jamais uniquement du regard des autres, mais de la capacité à rester aligné avec ce que l’on est en train de construire.

Chez Jessica, cette phase ne produit pas seulement une coach ou une athlète crédible. Elle forge un rapport très lucide au pouvoir, à l’autorité et au regard extérieur. Des éléments qui pèseront lourd, plus tard, quand il faudra gérer une salle… puis un business.

La co-gérance, puis la bascule : la création d’ExtraGym

Jessica Vetter devient co-gérante de CrossFit Aubagne en 2017. Elle quitte Paris, revient dans le sud et s’implique à 100 % dans la salle. Elle est présente du matin au soir. Elle gère les cours, l’accueil, les inscriptions, la logistique, les événements. Elle forme aussi des coachs en devenir. Tout s’apprend sur le terrain, sans filtre.

La salle fonctionne. La communauté se crée rapidement. Les gens viennent, restent, s’attachent. Jessica pose un cadre clair : du coaching, de l’accompagnement, une attention portée aux pratiquants bien au-delà de la performance. Elle refuse de faire de la salle un lieu uniquement tourné vers la compétition.

Mais au fil du temps, les désaccords avec son co-gérant apparaissent. Pas sur l’investissement. Pas sur l’envie de faire vivre la salle. Sur la manière de travailler, de décider, de gérer. Sur la vision. Sur la méthode.

« On n’était pas du tout en accord sur la manière d’entreprendre, de coacher, de gérer une boîte. »

Jessica n’a pas les codes du business. Elle le dit elle-même. Elle apprend en faisant, parfois à ses dépens. Elle s’implique émotionnellement, totalement. Trop, peut-être. Les tensions s’installent. Elles deviennent incompatibles. Elle finit par partir.

« J’ai laissé des plumes. »

Cette sortie est douloureuse. Pas seulement parce qu’elle quitte une salle qu’elle a contribué à construire, mais parce qu’elle découvre une réalité qu’elle n’avait pas mesurée jusque-là : la passion, l’engagement et le terrain ne suffisent pas à faire tenir un projet dans la durée.

Après CrossFit Aubagne, Jessica ne retourne pas dans une autre salle. Elle ne cherche pas à reproduire le même modèle ailleurs. Elle prend du recul. Elle repousse l’idée de la gestion de box. Elle le dit clairement : pendant des années, elle se répète qu’elle ne reviendra plus jamais dans une salle. C’est dans ce contexte qu’ExtraGym voit le jour, en 2019. Pas comme un plan business construit sur une opportunité de marché, mais comme une réponse à un besoin qu’elle observe depuis longtemps.

« Les gens me disaient tout le temps : la gym, c’est trop dur, je me blesse, je n’y arrive pas. »

Les séminaires ne suffisent plus. Une journée ne permet pas de transformer une pratique. Jessica construit alors un accompagnement sur le temps long. Elle commence simplement. Très simplement. Des PDF envoyés par mail. Pas d’application. Pas d’équipe. Pas de structure lourde.

Le projet prend rapidement de l’ampleur. Trop rapidement. Jessica se retrouve débordée. Elle refuse des clients, pensant préserver la qualité.

C’est à ce moment-là qu’elle comprend que ce qui fonctionne sur le terrain ne fonctionne pas toujours tel quel dans un business. Elle change de plateforme. Elle en perd. Elle en regagne. Elle ajuste. Elle fait des erreurs. Beaucoup.

« J’ai perdu du temps, de l’énergie, de l’argent. »

Elle met du temps à déléguer. Elle fait presque tout seule. La programmation. Les échanges avec les membres. Les mails. L’administratif. Les réseaux. Jusqu’au moment où la charge devient trop lourde. Aujourd’hui, Jessica parle de cette période sans détour. Elle ne la romantise pas. Elle ne la renie pas non plus. Elle sait ce que la co-gérance lui a appris. Elle sait aussi ce qu’elle ne referait plus.

ExtraGym continue d’évoluer. Jessica, elle, aussi. Elle ne ferme aucune porte. Elle sait que la vie est cyclique. Que les positions changent. Que les certitudes bougent.

Cette troisième étape ne raconte pas une réussite spectaculaire. Elle raconte une confrontation avec le réel. Une compréhension progressive de ce que signifie entreprendre, décider, porter seule un projet. Sans fantasme. Sans raccourci. Avec le terrain comme maître, et parfois comme juge.

Ce qu’elle a construit avec ExtraGym repose sur cette accumulation d’expériences, pas sur une vision idéalisée du sport ou du business. Elle sait aujourd’hui ce que la passion permet, et ce qu’elle ne suffit pas à soutenir. Elle sait aussi que durer demande autre chose que de l’engagement : de la structure, des choix clairs, et une capacité à se remettre en question.

Son parcours résonne particulièrement chez les owners et les coachs qui ont appris sur le terrain, parfois sans cadre, parfois sans filet, et qui ont dû, eux aussi, transformer une expertise sportive en projet viable.

Et même si elle a longtemps affirmé qu’elle ne remettrait plus les pieds dans une salle, l’idée d’un retour, sous une forme différente, fait désormais partie des possibles.

Joy Vidal
Tisseuse de Récits Sportifs
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